The Estate of Alina Szapocznikow /
Portrait d'Alina Szapocznikow, Malakoff, 1972

Portrait d'Alina Szapocznikow, Malakoff (Île-de-France), 1972. Photographie de Roman Cieślewicz. Alina Szapocznikow Archive, courtesy the Estate of Alina Szapocznikow / Loevenbruck, Paris. © ADAGP, Paris.

Naissance : 1926, Kalisz, Pologne

Décès : 1973, Passy, France

Née en Pologne en 1926 dans une famille juive, Alina Szapocznikow, encore adolescente, réchappe aux camps de concentration pendant la Shoah. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle s’installe d’abord à Prague, puis à Paris où elle étudie la sculpture à l’École des beaux-arts. En 1951, atteinte de tuberculose, elle est contrainte de retourner en Pologne, où elle développera une pratique artistique personnelle. Avec l’assouplissement des contrôles gouvernementaux sur l’expression créative après la mort de Staline en 1953, Szapocznikow s’oriente vers l’abstraction figurative, puis vers des formes pionnières de représentation. Dans les années 1960, elle repense profondément sa conception de la sculpture pour en faire une chronique intime de ses souvenirs, mais aussi de son corps.

Ainsi, en 1962, Szapocznikow modifie radicalement sa pratique en entreprenant de mouler son corps dans du plâtre. Avec Noga [Jambe] (1962), la première œuvre qu’elle crée selon cette approche, elle représente sa jambe droite dans une déclaration très publique sur le corps humain en tant que vecteur de plaisir, de libération, de maladie, de mort et de décomposition. Évoquant un jour ce tournant dans son évolution, elle explique : « Préoccupée par le fait que l’abstraction devenait académique, et peut-être un peu par perversité ou même exhibitionnisme artistique, j’ai réalisé un moulage de ma propre jambe et un portrait-montage avec un moulage de mon propre visage. (…) Heureusement, nous savons que tout, en art, a déjà été fait… et donc rien n’a encore été fait. »

Diagnostiquée d’un cancer du sein en 1969, Szapocznikow va radicalement réorienter ses travaux sculpturaux et photographiques. Dans « Tumeurs », une série de sculptures composées de résine, de gaze, de journaux froissés et de photographies, elle donne forme à l’angoisse et aux défis existentiels de la maladie. Dans ses dernières œuvres, elle exprime son désir profond de s’investir dans quelque chose de profond et d’ineffable – à la fois physique et psychologique –, et notamment dans des symptômes d’expériences corporelles et dans les traces que nous laissons derrière nous. « Malgré tout, je persiste à tenter de fixer dans la résine les empreintes de notre corps : je suis convaincue que de toutes les manifestations de l'éphémère le corps humain est la plus vulnérable, l'unique source de toute joie, de toute souffrance et de toute vérité (…) »

Source : Hauser & Wirth — traduction de Jean-François Allain

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